
Faire une expo ? Réserver. Aller au ciné ? Prendre les billets. Se faire un musée ? Réserver. Découvrir un monument ? Réserver. Voir un spectacle ? Réserver. Écouter un concert ? Réserver. Faire une attraction ? Réserver. Dîner ? Réservez sinon pas manger. Acheter en ligne ? Réserver l'article. Boire un verre ? Réserver sinon pas de « Happy hour ». Déjeuner ? Réserver sinon pas de places. Et lors de la « résa »… bis repetita : il est conseillé de réserver en sus, votre plat et votre dessert pour être servis ! Pas de gâchis certes mais pas facile d'avoir faim quand vous réservez à 8h du matin. Et puis, si vous êtes plus de six, attention, chacun doit faire son menu à l'avance. Projetez-vous… Faites un effort, viande ou poisson, demandez à vos copains ? De quoi casser l'ambiance direct... Véridique ! Bienvenue dans l’ère des contradictions les plus inattendues, dans l'oppression et la castration : on tord le cou à vos instincts !
Alors un conseil pour ne pas tomber dans les atermoiements et l'inactivité : gagnez du temps - car ne pourrez pas lutter - et retenez bien ceci : vos envies sont bien secondaires. Ce qui prime c’est RESERVER ! C'est vous épingler. Vous toper. Vous cerner. Vous appâter. Pourquoi ? Connaître toutes vos envies c’est vous extirper de l'anonymat, vous rendre visible et donc vous identifier. Tout en faisant mine de comptabiliser les entrées, on apprend surtout tout de vous ! De votre nom à votre adresse, mail, téléphone pour promos et sms vous, on vous intégre à un fichier. Et avant même que vous ayez pu concrétiser vos envies, on vous abreuvera d’autres événements à… réserver !
Ainsi, réserver rime avec droit d’accès. Mais attention, la file d'attente ne vous sera pas épargnée malgré les coupe-file que l'on nous vend ! Nous voilà tous embarqués dans la même queue, celle de la même réservation à tel jour et telle heure... au point même de casser l'essence de cette émotion pourtant puissante : l'envie d'avoir envie, concept fondamental ! Hélas finies les envies intempestives, légères, frivoles, incontrôlées, finies les envies du moment, du week-end, du soir et surtout de dernière minute. Vos envies doivent être domptées et non plus spontanées. Vous êtes sommés de les approviser et donc d’anticiper. Ne vous laissez plus duper par une envie soudaine à la vue d’un spectacle… non mais ! Terminé ! Acquittez-vous de réserver en bon élève, prenez votre ordi, tablette ou smartphone et soyez accros, mais tenaces meme si vous galérez sur la plateforme de réservation… un peu de frustration, ça rendra votre envie encore plus croustillante ! Vous êtes en train d'acheter vos billets. Et gare au malheureux ou malheureuse qui se présentera avec comme seul sésame sa simple et belle envie d’assouvir son coup de coeur sans avoir au préalable réservé…vous verrez : recalé ! Exit la liberté FONDAMENTALE d’avoir le droit de faire quand on veut sans préméditation...

Politique marketing ou surpeuplement qui conduit à cette réalité sine qua non culturelle ? Les deux mon capitaine ! Mais ne soyez pas surpris comme moi de voir à côté de cela des publicités de rêve qui vous exhorte à être libre, à écouter vos émotions et suivre vos instincts. Enfin.… si peut-être, si ce n’est pas un spectacle ! Si ce n’est pas un voyage. Si ce n’est pas un restau. Si ce n’est pas un musée. Si ce n’est pas un concert. Si ce n’est pas un rdv chez le coiffeur. Si ce n’est pas un rdv chez le dentiste ou le médecin ou autres (belle galère ausis et longs mois d’attentes même sur rdv !). Si ce n’est pas un bowling. Si ce n’est pas un tennis. Si ce n’est pas un massage. Si ce n’est pas une manucure... Alors oui, vous pourrez - presque - être libre de faire tout ce que vous voulez !
Barbara Delaroche
Adieu insouciance, confiance, espérance!
Avant, quand c’était le temps des vacances, on disait: et si on allait là-bas? Et on partait pour là-bas. On trouvait toujours un hôtel, un café pour prendre un verre, un restaurant sans réservation, le bonheur quoi! On était peut-être un peu fous?
Découverte totale!
Mais que l’on se rassure, parfois, la nature fait bien les choses (si si ça lui arrive) on ne connaît pas le jour du grand voyage alors on n’est pas obligé de réserver. Ouf!
Cet article met bien en avant ce que nous ne pouvons plus faire aujourd’hui sans aucune prévention pour s’amuser, avoir d’autres activités, voir d’autres paysages, sortir de sa zone de confort. Mais c’est bien ça : on vous recale. Donc il faut tout prévoir ? Mais si c’est comme ça alors moi je dis qu’on ne peut plus s’attendre à rien, ne plus être pris dans le feu de l’action, et enfin que la vie n’est plus l’âme des surprises.
Merci Barbara de témoigner car il est important de se révolter.